dimanche 6 décembre 2009

Blog : les tribulations d'Antoine

un regard libre vu d'un journaliste : interessant ?




Voyages.Liberation.fr

Extrait :

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Auroville (Tamil Nadu), le 23 janvier


Enquête incognito

Après un détour par Madras pour récupérer moto et appareil photo en état de marche, j’arrive dans la nuit à la communauté d’Auroville, sur laquelle je dois réaliser un sujet pour Libération. C’est la première fois que je bosse pour Libé, il s’agit que ça marche. Avant de quitter Paris, j’ai cherché quelques infos sur le Net. Auroville est une cité utopique se voulant un exemple pour le monde afin de réaliser l’unité entre les hommes, on peut difficilement faire plus louable. Pourtant, les avis sur les blogs et sur les forums étaient très partagés. Certains parlaient d’une ambiance bizarre, avec un culte de la personnalité autour de la Mère, la fondatrice de l’ashram. L’auteur d’un livre consacré aux communautés utopiques, sorti fin 2007 (le nom m’échappe), disait n’avoir pas réussi à se faire une idée claire sur le projet. Le responsable de la rubrique Voyage de Libé, qui m’a commandé le papier, a voulu y faire un reportage vidéo il y a une vingtaine d’années et l’autorisation lui a été refusée. Enfin, un habitué d’Auroville rencontré en Inde m’a expliqué que mieux valait que je cache mon identité de journaliste si je voulais travailler tranquille. Bref, il y a comme un parfum de secte dans l’air, du coup je me retrouve embarqué en mission secrète. Comme couverture, je me prépare à expliquer que j’ai besoin d’infos pour nourrir mon blog.



Auroville (Tamil Nadu), le 30 janvier

L’utopie

Une semaine que je suis là et je commence à en avoir assez de jouer à l’espion. Je ne ne me sens pas très crédible pendant la visite guidée, alors que je réalise interview sur interview devant mon groupe de touristes un peu étonné de tant de diligence. Un matin, alors que notre guide nous demande de livrer « la couleur du ciel qu’il y a dans notre cœur », j’ai un peu honte au moment de répondre qu’il est « bleu et chargé d’attentes ». Ces salamalecs se justifieraient en Chine ou au Turkmenistan, or les Aurovilliens me semblent pleins de bonne volonté. Ils sont venus pour réaliser leur rêve d’une société meilleure. Je vous présente le truc en deux mots (si vous voulez en savoir plus, voir l’article de Libé sur http://lestribulationsdantoine.blogspot.com). Imaginez-vous une forêt constellée de communautés et de maisons individuelles, avec en son centre une gigantesque boule de golf dorée où les gens viennent se recueillir en silence devant un énorme cristal traversé par un rayon de soleil tombant du plafond à la verticale, une douzaine de mètres plus haut. A la base, Auroville est un projet spirituel, dont je n’ai d’ailleurs pas saisi toute la portée. En gros, il est le fruit des recherches du philosophe indien Sri Aurobindo sur le « yoga intégral », qui associe l’esprit et la matière afin de réconcilier l’homme avec le « Divin » qu’il porte en lui. A terme, cela devrait permettre à l’espèce humaine d’influer sur sa propre évolution afin de prendre une nature « supramentale », voire d’accéder à l’immortalité, cela m’a l’air d’aller assez loin. Pour plus de détails, je vous renvoie à l’œuvre complète en 24 volumes de Sri Aurobindo, disponible à son ashram de Pondichéry. Bon, vous trouverez également quelques explications sur le site www.auroville.org.



Etalage de dévotion

Sa compagne, une Française nommée Mira Alfassa mais que tout le monde ici appelle respectueusement « la Mère », s’appuya sur ces travaux pour poser les fondations d’Auroville. Tous les Aurovilliens n’adhèrent probablement pas à 100% à la pensée de Sri Aurobindo, mais la plupart d’entre eux l’ont bien étudié et tous semblent être au moins investis dans une recherche spirituelle. Son portrait, et plus encore celui de la Mère, dont le nom revient sans cesse dans les conversations, trône sur tous les édifices publics. J’ai beau savoir qu’il est courant en Inde d’honorer ainsi les grands gourous, j’ai un peu de mal avec cet étalage de dévotion.



Une vocation de laboratoire

Il n’empêche que je suis impressionné par les projets menés ici. Certains Aurovilliens tiennent des fermes biologiques, où ils tâchent de ne pas aller contre la nature. Ils labourent au minimum, ne taillent pas leurs plante et bien sûr ils n’ajoutent ni engrais ni compost. Les écoles expérimentent des systèmes offrant une grande libertté aux enfants qui m’intéressent personnellement, car je voue une discrète mais tenace rancœur aux Jésuites qui ont encadré mon adolescence. Un architecte supervise un centre de recherches, qui travaille sur l’application à moindre coût des dernières innovations en matière d’architecture durable. Il développe des techniques de moulage de briques crues, de traitement des eaux usées et d’exploitation de l’énergie solaire, tous ces procédés étant également exportés vers les pays en développement. La cantine d’Auroville est le symbole de la vocation de laboratoire du projet, avec sa structure en briques et son gigantesque concentrateur solaire, qui produit suffisamment de vapeur pour préparer chaque jour près de mille repas. Je vous passe les efforts de reforestation, les programmes en direction des handicapés, les projets de codéveloppement des villages alentour… Plus tous les ateliers new age et les soins de médecine douce que je détaille dans l’article. A Auroville, les gens essaient de vivre mieux et c’est palpable un peu partout. Les lieux publics ne proposent pas d’alcool et sont tous non fumeurs, y compris en extérieur. J’assiste d’ailleurs à une fête assez étonnante, où deux cents jeunes dansent toute la soirée en ne buvant que du jus de fruits bio.



Punk is dead

Avec leur quête éperdue de spiritualité et de bonne santé, je trouve les Aurovilliens très touchants. Mais je dois avouer qu’en même temps, à cette soirée justement, je m’arrache vite les cheveux devant ce type à la guitare sèche qui bêle son amour de son prochain, cette slameuse rasée avec une touffe sur la nuque qui scande son dégoût de la drogue et de la méchanceté, et ce couple de percussionnistes brésiliens qui interprète une chanson de son cru titrée « Notre mère la Terre ». Encore un peu et Patrick Bouchitey va débarquer avec sa gratte et sa soutane pour nous annoncer le retour de Jésus. A l’auberge de jeunesse où j’ai pris pension, je rencontre un paquet de jeunes sympas, très ouverts aux philosophies orientales. Mais ça n’a pas l’air de les déranger d’avoir traversé la moitié de la Terre pour se retrouver dans une petite bulle occidentale toute proprette au milieu du pays le plus fou qui soit. Moi par contre, j’ai du mal. Il ne me faut pas plus de quelques jours avant d’avoir une furieuse envie de faire des bêtises. Je me dis qu’il doit bien y avoir quelques punks dans la jeunesse locale qui doivent ressentir les mêmes pulsions. Mais sapristi, ces vieux libertaires d’Aurovilliens ont tout prévu, y compris un « youthcamp » où la jeunesse peut se défouler, mais toujours à l’intérieur de la cité pour que ça reste sous contrôle.



Auroville (Tamil Nadu), le 4 février

Transparence

J’ai fini par vendre la mèche. Tout s’est très bien passé, l’attachée de presse m’a donné un dossier de presse et une accréditation pour me permettre de faire mes photos tranquillement. Je pose mes questions plus explicitement aux gens et ceux-ci prennent davantage le temps de me répondre, sans me cacher pour autant leurs critiques. J’en ai profité pour cracher le morceau aux gentils étudiants qui partagent mon dortoir à l’auberge de jeunesse, car j’avais poussé le zèle jusqu’à leur raconter des bobards à eux aussi... Je me mets grave la pression pour mon enquête, probablement un peu trop d’ailleurs, car je récolte une tonne d’infos que je n’utiliserai pas. Résultat, je ne profite pas des ateliers proposés. C’est dommage, j’aurais volontiers essayé la capoeira, la danse contact, l’équitation sans mords ou le tai chi, et surtout je me serais bien initié à la méditation. J’accroche quand même un cours de yoga, mais vraiment c’est trop statique et douloureux pour moi. Je suis plus à l’aide pendant mon heure de watsu, où une femme me manipule avec une extrême douceur dans une piscine. J’ai d’ailleurs la grande surprise, en ouvrant les yeux entre deux immersions, de tomber sur ma cousine Marion qui est venue de Paris pour apprendre cette technique.

1 commentaire:

Hassan Aslafy a dit…

Merci pour toutes ces infos sur Auroville !

Hassan, www.institut-savitri.org